L’autre soir, je suis passé voir mes collègues Aïkidokas. C’est fou ce que ça peut paraître différent, les arts martiaux quand on les observe depuis l’extérieur du tatami. Déjà on n’est pas dans la même ambiance, on n’a pas la tenue habituelle du pratiquant, donc on se sent vraiment extérieur à la scène. Si vous avez le permis de conduire, vous savez certainement à quel point c’est différent de parcourir un même trajet assis au volant ou sur le siège du passager. Pourtant il y a moins d’un mètre d’écart entre les deux positions. Et l’expérience se renouvelle si le conducteur change. La différence des perceptions est donc dépendante de multiples facteurs, bien plus complexes que la simple position géographique de l’observateur. Regardant donc ce soir là notre section Aïkido en pleine action, une évidence m’a alors frappé (je n’ai d’ailleurs même pas eu le temps de l’esquiver). Les pratiquants avancés et les plus néophytes ne sont pas du tout en quête du même principe. Les «anciens» (ça fait plus sérieux et c’est plus poli que de dire les vieux) cherchent des sensations dans leurs mouvements, alors que les «novices» (ça fait plus recherché et c’est moins désobligeant que de dire les «débutants») cherchent à copier ces mouvements. Plus on débute, plus on copie. C’est une méthode d’apprentissage très utilisée dans les arts martiaux. Tellement d’ailleurs qu’on finit par prendre l’habitude de copier en permanence, sans se demander si c’est nécessaire (parce que l’on connaît déjà la technique en question), si c’est utile (parce qu’on copie forcément des fautes à un moment ou au autre), ou si c’est source de progrès (parce que notre attention est tellement focalisée sur le modèle qu’on n’est plus du tout vigilant à ce que l’on fait soi-même). Ceci nous amène à aborder les exercices de deux manières distinctes, mais qui doivent idéalement se rejoindre un jour quelque part. On peut enseigner / apprendre une technique, un mouvement en commençant par les aspects visuels et biomécaniques (comment placer les pieds et les jambes, dans quelle direction, à quelle distance, puis les mains et les bras, les hanches, le dos, le regard, etc.), puis ajouter progressivement les sensations (être stable, être à l’aise, être confiant, être méfiant, être rapide, être attentif, etc). Mais on peut aussi découvrir et perfectionner les techniques en faisant le cheminement inverse. Il faut alors commencer par travailler sur les attitudes (ai-je peur de me faire mal, ai-je peur de tomber, ai-je envie de forcer quand je n’arrive pas effectuer la technique, suis-je énervé lorsque mon partenaire, pourtant moins gradé, veut m’expliquer pourquoi je fais faux, etc. ?). Ensuite seulement on vient greffer sur cette base, des techniques correspondantes. – A quoi bon vouloir effectuer un blocage si l’on craint la puissance du coup et que l’on recule ? Autant développer alors une esquive, qui nous fera prendre de la distance naturellement pour quitter la zone de danger. – Pourquoi se borner à répéter sans cesse un mouvement d’absorption avec les bras, si les pieds restent collés au sol, ce qui laisse immanquablement le corps tout entier sur la trajectoire de l’attaque ? – Quelle est l’utilité d’utiliser une posture particulière si la répartition du poids et l’attitude corporelle ne correspondent pas aux critères techniques ? Pour conclure, soyez à la recherche et à l’écoute de vos sensations, elles guideront vos techniques. Mais surtout sans oublier de rester à la recherche et à l’écoute de vos techniques, car elles guideront vos sensations. Finalement… l’œuf ou la poule ? Alain
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